Décembre 2022: Mémorandum du collectif des agriculteurs des Niayes remis aux Députés de la zone des Niayes (cas de la société Ganesha)

GANESHA Sénégal SARL est une société indienne implantée au Sénégal dans la Commune de Keur Moussa (Région de Thiès) en vue d’exploiter une unité de recyclage de métaux non ferreux.  La société est conséquemment autorisée à effectuer des activités de collecte et de recyclage de plomb issu des batteries usagées.

L’usine se positionne à quelques mètres des champs de « tomate bio » de Allu Kagne tant prisée par les consommateurs et des champs de Baba Diaw ITOC qui fournit en lait et en poulet de chair l’entreprise Kirène et beaucoup d’autres hôtels et restaurants. Elle est aussi installée à quelques mètres des champs de Serigne Saliou Mbacké et à un km de la route nationale N° 1. 

Vu les conséquences extrêmement dangereuses que peut engendrer l’exploitation du plomb sur la santé humain et l’environnement, les populations impactées se sont formées en un collectif pour dénoncer les impacts négatifs de l’entreprise et exigent l’arrêt immédiat de ses activités.

En fait, l’usine a été autorisé à s’implanter au niveau du village de Ndiakhate, dont les habitants et ceux des zones environnantes s’activent principalement dans l’agriculture, l’élevage et l’aviculture qui font vivre des milliers de personnes dans la zone des Niayes.

Les activités de ces communautés ne sont pas compatibles avec celles de Ganésha SARL.

Dès le début, les impactés qui sont des communes de Keur Mousseu, Pout et Djinder ont alerté les autorités compétentes qui auraient eu à décider à suspendre les activités de l’entreprise à trois reprises. 

Ils ont rencontré les différents Directeurs de l’Environnement de la région de Thiès qui, au début étaient de leur côté avant de changer de position sans aucune explication convaincante. L’actuel directeur a même eu à critiquer ses collègues qui ont suivi cette procédure de mise en place de cette unité dangereuse qui ne peut même pas employer plus d’une vingtaine de personnes.

Diverses règles de procédure importantes liées à la tenue de l’audience publique et de l’enquête publique consacrées par le Code de l’Environnement ont été violées durant le processus d’installation de l’Entreprise. L’enquête publique s’est tenue à Keur Moussa avec moins d’une dizaine de personnes venant de Diakhatt et qui n’avaient aucune connaissance du projet en gestation. Les présents disent qu’ils leur parlaient de projets d’adduction d’eau et d’accès des femmes au financement et avait reçu de leur par une somme d’argent. Ces actes que certains membres des communautés ont qualifiée de tentative serait à l’origine des fortes tensions sociales qui sévissent dans le village occasionnant querelles entre ses habitants dont l’écrasante majorité est contre ce projet. 

Aussi, dans la caractérisation de la zone avoisinante au site, le rapport de l’Etude d’Impact Environnementale et Sociale commanditée par la Société Ghanesha SARL reconnait la présence même des établissements humains aux alentours du site notamment des champs maraichers dont au moins deux seraient mitoyens, d’une route à moins de 10m et de la voie ferrée Dakar-Bamako à moins de 20m. Cette situation ne répond pas du tout aux exigences du Code de l’Environnement Sénégalais qui impose que les installations classées rangées dans la première classe fassent l’objet, avant leur construction ou leur mise en service, d’une autorisation d’exploitation délivrée par arrêté du Ministre chargé de l’environnement dans les conditions fixées par décret. Selon l’article 13 du code de l’environnement, cette autorisation est obligatoirement subordonnée à leur éloignement, sur un rayon de 500 m au moins, des habitations, des immeubles habituellement occupés par des tiers, des établissements recevant du public et des zones destinées à l’habitation, d’un cours d’eau, d’un lac, d’une voie de communication, d’un captage d’eau.

Mais à leur grande surprise, les agents de la Société sont venus pour aviser les villageois qu’ils ont une autorisation émanant du Ministre de l’Environnement. Après vérification, les communautés ont constaté que l’autorisation est signée par le Secrétaire Général du Ministre. Mais l’arrêté portant l’autorisation dont il s’agit ne figure aucunement dans le journal officiel. Les agents de la Société ont débuté en catimini leur travaux le jour des élections législatives lorsque les villageois étaient devant les urnes pour accomplir leur devoir citoyen, ce 11 Juillet 2022

Il est important de rappeler que le Sénégal a déjà vécu une expérience horrifiante liée aux effets létaux du plomb et fait figure d’un mauvais élève dans la gestion des produits toxiques selon le rapport de l’OMS de 2008.

En effet, l’expérience de Ngagne Diaw encore très vivace dans les esprits des citoyens sénégalais devrait justifier l’indignation de tous face à l’installation de Ghanesha SARL dans la zone des Niayes. Entre novembre 2007 et février 2008, « plusieurs décès d’enfants ont été constatés dans un même quartier de Thiaroye-sur-Mer à Dakar (Sénégal). En tout, 18 enfants de moins de 6 ans meurent de maladie inconnue qui s’avèrent reliées rapidement à une contamination du sol du quartier de Ngagne Diaw par des batteries au plomb entreposées dans une décharge et recyclées. Outre les décès, on « constate que les membres des familles des enfants décédés ont un taux sanguin de plomb très élevé, souvent supérieur à 1000 µg/L. Le seuil de toxicité a été régulièrement revu à la baisse, il est aujourd’hui à 100, voire 50 µg/L ». (Pour plus d’informations, voir ce rapport : Développement et Santé | Sénégal/Thiaroye-sur-Mer: après la pollution, la chape de plomb (devsante.org).

Dans le cas de Ghanesha, le collectif suspecte déjà une forte contamination du sol dans le site de la Societe  Ghanesha SENEGAL SARL et ses environs car il n’accorde aucune crédibilité à ladite entreprise en ce qui concerne ses capacités de respecter les normes de sauvegarde environnementale et protection sanitaires qui s’imposent dans ces types d’installations pour. Des impacts qui sont déjà visibles sur les végétaux et les jeunes enfants qui sont déjà régulièrement souffrants dans le village.

Si une telle contamination s’avère, les impacts seront désastreux en touchant une large partie des Niayes en raison même de la situation du site qui traverse une zone par où passent les eaux de ruissellement en suivant le tracé naturel du lac Tanma durant la saison pluvieuse. Ces eaux traverseront les champs jusqu’à la commune de Djender et serviront de source d’irrigation aux populations et d’abreuvoir pour les troupeaux.

Présentement, une odeur incommodante et des fumées toxiques rendent la santé et le cadre de vie des populations de Ndiakatt.

Plusieurs lettres de dénonciation et des activités de conférence de presse et de marches pacifiques ont été menées par les impactés. Plusieurs protestations ont été déposés à travers des pétitions signées par des centaines de personnes et les différentes correspondances adressées au Ministre démontrent à suffisance que les communautés ne sont pas favorables à cette exploitation dangereuse.

Toutes ses démarches sont restées infructueuses. Ils ont récemment commis un avocat, Maitre Assane Dioma Ndiaye, pour défendre leurs droits sociaux, économiques et environnementaux en demandant une fermeture de l’installation.

Le collectif sollicite des députés, représentants du peuple et originaires de la zone des Niayes leur appui en les aidant à trouver des réponses aux interrogations légitimes suivantes :

ü  Le Ministre de l’Environnement a-t-il eu connaissance de ce dossier ?

ü  Quelle est la position du Ministre sur la question en votre qualité de protecteur de l’environnement et au regard de l’histoire tragique de contamination au plomb qu’a connu le Sénégal ?

ü  Vu les exigences du code de l’environnement concernant le suivi de la mise en œuvre des plans de gestion environnementaux et sociaux, les départements techniques de son ministère ont-ils effectués des missions de suivi de l’installation ? Si oui, le ministère peut-il présenter aux représentants du peuple les rapports desdites missions ?

ü   Sinon, le Ministère est-il favorable à une expertise rapide sur le site en vue de mieux évaluer les risques de contaminations ?

ü  Vu l’opposition des es communautés qui ne sont pas favorables à cette exploitation, le ministre pourrait-il procéder à la fermeture du site dont l’intérêt économique reste marginal comparé aux risques environnementaux et sociaux que l’installation représente ?

ü  Il a été reporté des visites récurrentes de promoteurs au niveau du Ministère dans un e ou les communautés elles peinent à recevoir même une réponse a leurs diverses correspondances adressées au Ministre, qu’est ce qui justifierait une si manifeste illégalité de traitement.