
Le 19 mai le CRADESC, en partenariat avec les organisations communautaires, a donné le coup d’envoi d’une vaste campagne de sensibilisation à Dionewar visant à renforcer le plaidoyer pour la justice environnementale dans le Delta du Saloum et à faire entendre la voix des communautés impactées et menacées par le changement climatique et l’exploitation pétrolière. Cet événement a rassemblé des médias nationaux, communautaires et régionaux, les communautés impactées, ainsi que des partenaires techniques pendant deux jours.

Dans la journée du 19 mai, la place publique de Dionewar à l’ombre d’un grandarbre (Ngann en langue sérère), lieu emblématique situé à proximité du quai de pêche, a accueilli les témoignages émouvants et les alertes des habitants en présence des médias mobilisés pour la circonstance.
Échanges et témoignages communautaires
Des représentants des pêcheurs, agriculteurs, transformatrices, acteurs du tourisme, responsable de culte ont témoigné, tour à tour, des effets concrets du changement climatique et de l’exploitation pétrolière sur leurs activités et leur quotidien tels que la raréfaction du poisson qui fragilise leurs revenus, la salinisation des terres qui réduit les récoltes et menace la sécurité alimentaire, l’érosion côtière avec notamment un recul des terres habitées.
Lamine Ndiaye propriétaire d’un campement touristique près de l’océan Atlantique constate avec impuissance la dégradation progressive de son site. « En 2005, mon campement se trouvait à environ 200 mètres de la mer. Aujourd’hui, une vingtaine de mètres le séparent des eaux » confie-t-il. Il nous fait savoir qu’en « une vingtaine d’années, la mer, qui se trouvait à quelque 900 mètres des habitations et des champs du village, a progressé d’environ 180 mètres » et demande aux autorités de consacrer 1% des revenus du pétrole à la construction d’ouvrages pour la survie de la centaine d’îles en désarroi.
Cette voix locale de Dionssong comme celles de Dionewar, Falia, Niodior, Bassoul, Djifer, Toubacouta, Mbam présents au forum, mettent en évidence la double pression exercée par le climat et l’exploitation pétrolière sur l’ensemble du Delta du Saloum et qui affecte directement les moyens de subsistance et l’avenir des populations, dont les jeunes contraints à l’exode rurale et à l’immigration irrégulière. Le Delta du Saloum, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, compte quelque 200 îles dont 19 habitées.
Guedj Sène, le responsable à Dionewar de l’aire marine protégée (AMP) de Sangomar qualifie de catastrophique l’impact de l’érosion côtière sur le village insulaire. Les campagnes de reboisement annuelles sont sans effets durables. « S’il nous arrive de récupérer une mangrove de quelques mètres carrés, la mer en engloutit une superficie six fois plus importante » affirme-t-il.
Les médias témoins des réalités locales et acteurs du plaidoyer
La campagne a ouvert un espace de dialogue direct entre les communautés et les professionnels des médias mobilisés du 19 au 20 mai pour constater la réalité sur le terrain et participer au plaidoyer. La visite de terrain, organisée durant la 2nde journée, leur a permis de constater l’ampleur des dégâts causés par l’érosion côtière et l’avancée de la mer et surtout de pouvoir davantage faire des couvertures responsables et d’interpeller les décideurs sur les urgences écologiques.
À travers cette campagne, le CRADESC et ses partenaires réaffirment leur engagement pour la justice environnementaleet larésilience des communautés du Delta du Saloum et invitent les autorités à penser à des solutions durables.
