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« Si nos préoccupations ne sont pas prises en compte, nous ferons comme les autres. Nous préparerons nos pirogues pour aller pêcher aux abords de la plateforme. »

La plateforme évoquée est celle du champ pétrolier de Sangomar, exploré par Woodside Energy pendant plus de dix ans avant son exploitation récente. À l’image d’Emmanuel Ndiaye, président des pêcheurs de Diakhanor, dans la commune de Palmarin, de nombreux pêcheurs du Delta du Saloum envisagent de s’en approcher, convaincus qu’elle constitue une zone de refuge pour les poissons.

En effet, dans le Delta du Saloum, la pêche est bien plus qu’une activité économique : elle est vitale pour les communautés locales. Mais, depuis l’installation de la plateforme, les hommes et les femmes qui vivent de la pêche et de la cueillette de fruits de mer font face à des difficultés croissantes.

Des pêcheurs rencontrés à Foundiougne le 23 décembre 2025 racontent que le poisson se raréfie, comme le témoigne Issa Sarr habitant de la commune de Fimla (voir ici). De leur côte, les femmes rapportent « l’assèchement progressif de certaines espèces, notamment les coquillages ». « De quoi vont vivre les enfants ? Comment faire pour ramener tout ce qu’on a perdu?» s’interroge Fatou Fall, de la commune de Fimla. Ses propos traduisent l’amertume des familles et les difficultés croissantes dans leurs activités de pêche et de transformation des produits de la mer, une réalité confirmée par « des prélèvements scientifiques » disent-elles.

Selon des experts, le bruit généré par les forages perturbe l’écosystème marin, affectant la migration et la reproduction des poissons et d’autres mammifères marins. À cela s’ajoutent les risques de pollution chimique, susceptibles d’altérer durablement la santé des écosystèmes.

Une prise de risque dictée par la survie

Malgré les risques sécuritaires liés à la proximité de la plateforme, de nombreux pêcheurs continuent de s’y rendre. « Les poissons attirés par la lumière s’y réfugient, et nous sommes sûrs de ne pas revenir bredouille si nous y allons », expliquent-ils. Les plus audacieux y restent parfois deux jours ou plus, allumant du feu pour préparer leur nourriture, convaincus d’évoluer au milieu du pétrole. Leur seule préoccupation demeure de pouvoir vivre des ressources halieutiques.

Ces communautés expriment un sentiment d’abandon face à la menace qui pèse sur leurs moyens de subsistance et estiment ne pas être suffisamment soutenues par Woodside, qu’elles accusent d’avoir mis fin aux actions de sensibilisation depuis le démarrage de l’exploitation pétrolière. Elles plaident aujourd’hui pour une gestion durable et inclusive des ressources marines, qu’elles jugent essentielle pour préserver la sécurité alimentaire des populations et des générations à venir.

Lire aussi : À Foundiougne, le CRADESC a organisé un atelier de renforcement des capacités des pêcheurs, consacré aux enjeux et aux risques liés à l’exploitation du pétrole de Sangomar

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